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« La gratuité en matière de transport collectif, c’est l’augmentation de la fiscalité assurée ! »

2 Octobre 2018, 14:36pm

Publié par Jean-Marc Pujol

« La gratuité en matière de transport collectif, c’est l’augmentation de la fiscalité assurée ! »
Imaginez un pays, une ville, où tout serait gratuit comme l’air qu’on respire : l’électricité, l’essence, les transports, les concerts, les vêtements, les boissons, les livres, le gaz…
Depuis quelques jours, des experts – chercheurs ou élus - défilent au travers des médias pour nous expliquer de long en large et en travers la nécessité de « rouler gratis », en ce qui concerne les transports en commun.  Le ton est donné : à lire la presse nationale et locale, on voit bien qu’ils sont en pleine stratégie du « lobbying ». Ils nous « vendent » leur plan de circulation, ou plutôt leur « Plan de Déplacement Urbain », comme un art de vivre reposant sur une nécessité sociale incontournable durablement. A les en croire : la mise en place de ces « bus gratuits » serait même devenue indispensable pour notre dynamisme économique et notre qualité de vie, l’une des clés de la mobilité urbaine pour chasser la voiture polluante de nos centre-ville !
Alors, du journal Le Monde au quotidien L’Indépendant, en passant par la PQR (Presse Quotidienne Régionale), même refrain, mêmes exemples : Aubagne, Dunkerque, Niort… des villes où l’on peut rouler gratis (en bus).
Depuis toujours, et avec encore plus d’énergie depuis que je suis maire de Perpignan et président de la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole (PMM), j’affirme – et je le martèlerai tant que je serai aux responsabilités – que la gratuité ça n’existe pas. Car au final, il y a toujours quelqu’un qui paie ! Sur le territoire de PMM, 20% des recettes du transport collectif proviennent de la billetterie « passagers ». En l’absence de l’encaissement du paiement des usagers, il faudra bien trouver un moyen de combler ce déficit. Aller le chercher dans la poche des entreprises ? Je précise que c’est ce qui se fait déjà en grande partie avec le versement « transport », obligatoire pour les entreprises qui emploient plus de 11 salariés. En rajouter une couche ne serait ni réaliste ni sérieux de la part d’un gouvernement qui prétend vouloir redynamiser l’économie en allégeant les charges financières des entreprises. Si aujourd’hui les gens peuvent payer un billet de bus à un tarif relativement bas, c’est justement parce que ce sont les entreprises qui mettent la main à la poche. La gratuité érigée en système de fonctionnement nous obligerait donc à supprimer le prélèvement obligatoire sur les entreprises. Et ce alors même que partout dans le monde en général, et en Europe en particulier, les gouvernements tentent d’alléger les charges dues par les entreprises. Resterait alors l’unique solution, celle d’augmenter les impôts… C’est ce que la gratuité entraînerait. La gratuité en matière de transport collectif, c’est l’augmentation de la fiscalité assurée ! 
Derrière le prix d’un titre de transport, il n’y a pas que le coût du « voyage », du carburant, de l’entretien du véhicule, des personnels… Il y a également le prix de l’innovation, des opérations de maintenance, de renouvellement du parc, des investissements différés, la gestion des déplacements et des voiries des trente-six communes de PMM. Il y a aussi le prix des projets de longue haleine, à partir d’études préalables, afin que notre territoire, une fois maillé correctement et solidement, puisse se concrétiser.
Avec l’équipe qui m’entoure dans le fonctionnement de notre collectivité territoriale, PMM, je suis prêt à recueillir tous les avis, toutes les idées, encore faut-il qu’ils soient tout simplement réalisables. Comme le souligne le journaliste Jean-Michel BEZAT dans Le Monde daté de ce mardi 2 octobre, en citant l’économiste libéral Milton FRIEDMAN : « Un repas gratuit, ça n’existe pas ».